FRANCE - Données humaines et économiques


FRANCE - Données humaines et économiques
FRANCE - Données humaines et économiques

Si on trace des cercles successifs en prenant Paris comme centre, on peut voir que, dans un rayon de 1 000 kilomètres, vivent 260 millions d’habitants environ; dans un rayon de 5 000 kilomètres se trouvent toute l’Europe, le Proche-Orient, le nord et le centre de l’Afrique, l’extrême nord-est de l’Amérique du Nord; dans un rayon de 10 000 kilomètres, on peut atteindre les cinq sixièmes des terres émergées habitées. La France se trouve ainsi placée au pôle de l’hémisphère le plus continental que l’on puisse déterminer, et cela facilite notablement ses relations internationales.

Mais ce n’est pas le seul avantage de cette position intercontinentale: la France a été, pendant des millénaires, considérée comme l’extrémité des terres habitées, face à l’immensité de l’océan Atlantique (cf. le nom du Finistère, département breton, comparé au cap Finisterre de l’extrémité de la péninsule Ibérique ou au Land’s End des îles Britanniques). Cette partie de l’Europe occidentale a donc constitué le point d’aboutissement d’une série de grandes migrations humaines, préhistoriques et historiques, qu’arrêtait l’obstacle de la mer. De cela témoigne l’extraordinaire complexité des origines du peuplement français, résultat de longs mélanges et de multiples superpositions. À partir de la découverte des Amériques, au contraire, cette tête de pont de l’Europe prend toute sa valeur. Les Français sont, avec les Britanniques, les Néerlandais et les Ibériques, parmi les premiers à prendre pied sur le Nouveau Continent, et ils y conserveront des positions durables (Canada français, Antilles françaises, Guyane). En outre, cette situation favorise les échanges, et des villes comme Nantes, Bordeaux ou Le Havre lui ont dû leur fortune, tandis que le commerce français avec le continent américain, toujours très actif, représente 6,8 p. 100 de nos échanges internationaux.

Enfin, en Europe même, la France est située à l’extrémité du continent, mais elle n’en est pas à l’écart comme les îles Britanniques ou la péninsule Ibérique; son territoire sert de passage aux échanges entre l’Europe centrale et les extrémités occidentales du Vieux Continent. Cela se traduit du reste par une dissymétrie dans l’activité économique et le développement: au nord-est d’une ligne joignant Le Havre à Marseille, c’est-à-dire dans la France orientale, soudée largement à l’Europe, se trouvent 44 p. 100 du territoire, mais 63 p. 100 de la population et 75 p. 100 des emplois industriels.

1. La population

Évolution

Au recensement de 1990, la France dépassait 56,6 millions d’habitants. Ce nombre ne doit pas faire illusion: relativement à son territoire, la France est beaucoup moins peuplée que tous ses voisins européens; la densité au kilomètre carré atteint 103 habitants, contre 236 au Royaume-Uni, 221 en Allemagne, 442 aux Pays-Bas. Pourtant, en 1801, date du premier recensement français, la population atteignait 28 millions d’habitants, et la France était l’État le plus peuplé d’Europe, y compris la Russie. Sa population représentait alors un sixième environ des Européens vivant entre l’Atlantique et l’Oural; en 1990, pour la densité, elle n’est plus qu’au quinzième rang en Europe, avec un dixième des Européens. Que s’est-il passé entre ces deux dates?

De 1801 à 1936, la France a gagné un peu plus de 13 millions d’habitants, soit un accroissement d’environ 50 p. 100; au cours de la même période, la population du Royaume-Uni ou des Pays-Bas a presque quadruplé. Cela est dû tout d’abord au recul de la natalité, qui a débuté en France plus tôt que dans aucun autre pays du monde, passant de 32 p. 1 000 vers 1800 à 22 en 1900 et à 14,5 entre 1934 et 1936. À titre de comparaison, on peut noter qu’il y avait encore en Angleterre et au pays de Galles une natalité de 29,9 p. 1 000 en 1891-1900, en Italie de 34,9. On a cherché les causes de cette diminution de la natalité dans l’exaltation de l’individualisme, favorisée par la Révolution et la législation napoléonienne (ébranlement de la structure familiale, introduction d’un système égalitaire dans l’héritage, développement d’une mentalité bourgeoise, plus pressée d’augmenter «les épargnes que les enfants», possibilité de «capillarité sociale» s’accommodant mal d’une nombreuse progéniture). Parallèlement, le taux de mortalité baissait moins vite en France que chez ses voisins, passant de 29,8 p. 1 000 au début du XIXe siècle à 15,7 p. 1 000 encore entre 1935 et 1939 (à la même époque: Angleterre et Galles, 12 p. 1 000; Italie, 13,9 p. 1 000). On a cru trouver dans les mauvaises conditions de logement et dans l’alcoolisme, provoquant notamment une surmortalité masculine adulte, les causes de la persistance d’un taux de mortalité élevé. Les guerres de la Révolution et de l’Empire avaient déjà eu des conséquences démographiques importantes, assez difficiles à préciser toutefois. La Première Guerre mondiale a été pour la France un véritable drame: 1 325 000 morts parmi les hommes dans la force de l’âge et, au total, un déficit d’environ 3 685 000 personnes. En raison de cette évolution complexe, la situation démographique française entre les deux guerres est devenue progressivement catastrophique, et de 1935 à 1938, chaque année, la France a enregistré un excédent de 30 000 décès par rapport aux naissances. La Seconde Guerre mondiale a eu des conséquences moins dramatiques: elle a fait 700 000 morts, mais cette fois dans toutes les catégories de la population, et 420 000 étrangers ont quitté le territoire; au total, une perte de 1 555 000 personnes, qui apparaît dans les chiffres des deux recensements de 1936 (41 507 000 hab.) et de 1946 (40 443 000 hab.).

Après la guerre, un mouvement de reprise s’esquisse. Entre 1946 et 1970, la population française a augmenté de près de 10 millions d’habitants. C’est en partie le résultat de la politique de la famille qu’ont menée les gouvernements depuis trente ans. Les mesures sont d’ordre fiscal et financier (quotient familial, allocation de salaire unique, de logement, primes à la naissance, allocations familiales proportionnelles au nombre d’enfants). Les effets de cette politique de la famille, joints à ceux de la Sécurité sociale et aux efforts d’hygiène et de soins médicaux, ont été incontestables: alors que le taux de natalité se maintenait à 20,4 p. 1 000 en 1950 et encore à 18,2 en 1956-1960, le taux de mortalité est descendu à 10,6 en 1966, en particulier grâce à la lutte menée contre la mortalité infantile. Cette double évolution a permis à la France de gagner, par accroissement naturel, environ 260 000 personnes par an en moyenne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1965, la situation a changé: le taux de natalité a baissé jusqu’à 13,9 p. 1 000 en 1975-1978; une brève amélioration amorcée en 1979 et en 1980 ne s’est pas poursuivie, et le nombre d’enfants par famille est resté à 1,96, c’est-à-dire au-dessous du taux de reproduction. En 1991, le taux de natalité a atteint 13,3 p. 1 000. Si le taux de mortalité reste voisin de 9,2 p. 1 000, la mortalité infantile, quant à elle, a encore régressé, tombant à 7,2 p. 1 000, ce qui place la France au nombre des sept ou huit pays les plus favorisés du monde.

Les deux derniers recensements de 1982 et 1990 soulignent que la croissance de la population se ralentit: si l’accroissement moyen annuel a atteint 1,2 p. 100 pour la période 1962-1968, il est tombé à 0,8 p. 100 pour la période 1968-1975 et à 0,46 p. 100 pour la période 1975-1982; en revanche, il a manifesté une légère remontée en 1982-1990 (+ 0,5 p. 100), essentiellement grâce à l’accroissement naturel (+ 0,41 p. 100). L’Île-de-France arrive en tête pour l’excédent des naissances sur les décès.

Rôle de l’immigration

Pays de faible natalité, la France a été largement ouverte à l’immigration étrangère, qui a régulièrement été supérieure à l’émigration depuis le début du XIXe siècle, sauf de 1851 à 1872 et de 1931 à 1936. On comptait 1 150 000 étrangers en France en 1911, soit 2,8 p. 100 de la population, chiffre qui est passé à 2 891 000 en 1931, soit 7 p. 100. En effet, au lendemain de la Première Guerre mondiale, la perte de nombreux hommes et la nécessité de reconstituer l’économie nationale ont entraîné la mise en œuvre d’une politique d’immigration. Ainsi, aux contingents de Belges venus spontanément au cours du XIXe siècle dans la région du Nord ont succédé de fortes vagues d’immigrants italiens (35 p. 100 du total des étrangers en 1931), polonais (20 p. 100), espagnols (15 p. 100), ainsi que beaucoup d’immigrants des pays d’Europe centrale ou orientale. Ces étrangers venus en France entre les deux guerres formèrent souvent de véritables «colonies» (Italiens des villages agricoles en moyenne Garonne, Polonais des cités minières du Nord et du Pas-de-Calais ou de la Lorraine), conservant leur langue et leurs traditions, avec le secret espoir de retourner dans leur pays. La Seconde Guerre mondiale et les bouleversements politiques qui en résultèrent incitèrent un certain nombre de ces étrangers à quitter le territoire français, soit pour rentrer chez eux, comme une partie des Italiens, soit pour chercher dans d’autres pays la sécurité, comme les Polonais, vers le Royaume-Uni, les États-Unis ou le Canada.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’appel à l’immigration a continué, mais celle-ci s’est faite d’une manière moins massive et plus sélective, selon les fluctuations de la conjoncture économique. Les étrangers se trouvent ainsi répartis d’une manière plus homogène à travers le pays, avec cependant une prédominance dans certaines régions: région parisienne (un tiers du total), région du Nord, Lorraine, côte méditerranéenne orientale, région lyonnaise et Alpes du Nord.

Le solde officiel des migrations extérieures est tombé de 783 000, de 1968 à 1975, à 410 000, de 1982 à 1990. En effet, sous l’influence de certains facteurs (accroissement de la productivité, développement du chômage, etc.), la politique a changé, les entrées ont été limitées, et le gouvernement a même offert des avantages aux étrangers qui acceptaient de retourner chez eux.

Il est impossible de connaître exactement le nombre des étrangers réellement présents sur le territoire français (difficulté de recensement, migrations clandestines, etc.). En 1982, d’après les données du recensement, on avait estimé leur nombre à 4 234 000, soit 7,8 p. 100 de la population nationale. Parmi eux, on comptait 50,5 p. 100 d’hommes, 28,5 p. 100 de femmes, 21 p. 100 d’enfants. Ils étaient surtout employés dans le bâtiment et les travaux publics (40 p. 100), la métallurgie et la sidérurgie (20 p. 100), l’agriculture et l’exploitation des forêts (10 p. 100), les mines (5 p. 100), les services domestiques et les autres industries (25 p. 100). La nature du recrutement a changé progressivement. Les Maghrébins (Algériens, Tunisiens, Marocains) formaient le groupe le plus important (1 427 000) devant les Portugais (882 000), les Italiens (552 000) et les Espagnols (513 000). On dénombrait également des Turcs (92 000), des Yougoslaves, des Polonais, des Sénégalais et des Maliens. Au début des années 1990, les Portugais et les Africains du sud du Sahara sont plus nombreux. Ces travailleurs sont en général peu qualifiés, et leur localisation dans les banlieues des grandes agglomérations de Paris, Marseille, Lyon pose de graves problèmes sur le plan social et humain.

Caractéristiques démographiques

La composition de la population reflète les répercussions prolongées des deux grandes guerres et les conséquences d’une longue dénatalité. La France compte environ 1 043 femmes pour 1 000 hommes. L’espérance de vie a remarquablement progressé depuis le début du XXe siècle, puisqu’elle est passée, à la naissance, de 45,3 ans pour les hommes vers 1900 à 73 ans en 1991 et, pour les femmes, de 48,7 à 81 ans. Pour l’espérance de vie féminine, seule la Suède dépasse la France.

Quant à la structure par âge, elle traduit l’évolution qui s’est produite depuis un siècle, avec toutes ses vicissitudes. Si le nombre des enfants avait augmenté après la Seconde Guerre mondiale, la baisse actuelle de la natalité s’est traduite par la diminution de la proportion des jeunes depuis 1968: de 34 p. 100 de moins de vingt ans, on est passé à 27,1 p. 100. Le minimum historique de 1946 (29,5 p. 100) est dépassé. Inversement, la proportion de personnes âgées de plus de soixante ans est très élevée (14 p. 100).

La proportion d’adultes (58,6 p. 100) est donc plus élevée qu’après la Seconde Guerre mondiale (48 p. 100), ce qui avait justifié en partie la nécessité de faire appel à la main-d’œuvre étrangère, et ce qui explique également certains aspects des lourdes charges, notamment fiscales, qui pèsent sur la population active.

Au début du siècle, on a pu dire que la forte proportion de personnes âgées et la très faible part de la jeunesse avaient été responsables de la stagnation économique et politique: en 1851, près de la moitié du corps électoral français avait moins de quarante ans; en 1954, 39 p. 100 seulement. Une autre conséquence est le poids que représentent pour l’économie les retraites: on compte un individu de plus de 60 ans, pour un peu plus de deux personnes de 20 à 60 ans, c’est-à-dire en période d’activité. Le problème du financement de la retraite devient donc aigu, d’autant plus qu’on a récemment abaissé l’âge du départ en retraite à 60 ans, avec même des départs en préretraite plus précoces pour essayer de dégager des postes afin de lutter contre le chômage. La période de développement économique due à l’excédent des naissances sur les décès après la Seconde Guerre mondiale est bien finie. Les causes de la diminution du nombre des naissances sont multiples: le développement de la contraception (les femmes maîtrisent de plus en plus leur fécondité, puisque 68 p. 100 des femmes âgées de 20 à 45 ans utilisent un procédé contraceptif); la baisse de la nuptialité (la crise économique a fait reculer l’âge de fonder un foyer et fait hésiter les couples à multiplier le nombre de leurs enfants; l’union libre qui se répand de plus en plus, de même que les divorces (qui touchent un quart des foyers); l’essor de l’urbanisation et du travail féminin, la montée de l’individualisme et le plaisir du bien-être agissent dans le même sens.

Répartition régionale

Les densités de population sont très différentes d’une région à l’autre: la France du Nord, qui va jusqu’à la vallée de la Loire et au Jura, englobe 58 p. 100 de la population sur 43 p. 100 de la superficie; les régions ayant moins de 20 habitants au kilomètre carré n’en couvrent qu’environ 12 p. 100. Dans la France du Sud, au contraire, les régions peu habitées représentent environ 30 p. 100 de l’espace; les départements les moins peuplés sont la Lozère (14 hab./km2), les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence. À l’opposé, les plus grandes concentrations se rencontrent dans la région parisienne, où vivent 18 p. 100 de la population totale. Les Hauts-de-Seine atteignent 7 900 hab./km2 et Paris 20 600. Le Nord dépasse les 400 habitants au kilomètre carré et se rapproche ainsi des densités des pays rhénans.

Si l’on considère les variations de la répartition depuis un siècle, on constate que les zones déjà peu peuplées se sont vidées, tandis que les concentrations de population se sont encore développées: quatre régions monopolisent 43 p. 100 de la population sur 18 p. 100 du territoire national: Île-de-France (10,7 millions d’habitants), Rhône-Alpes (5,4 millions), Provence-Côte d’Azur (4,3 millions) et Nord-Pas-de-Calais (3,9 millions). Cela a été dû à un accroissement progressif de la population urbaine, qui représentait 28,9 p. 100 du total en 1861, 66 p. 100 en 1969 et 74 p. 100 en 1990. Les villes de plus de 20 000 habitants n’abritaient que 8,4 p. 100 des Français en 1801, 14,8 en 1861, 46,8 en 1962 et 57,9 en 1980. Quant aux villes de plus de 50 000 habitants, la population a été multipliée par 4,4 depuis le début du XXe siècle. La progression des villes de plus de 200 000 habitants a encore été plus spectaculaire, puisque leur population a été multipliée par 7 entre 1900 et 1975.

Ces variations de la répartition sont le résultat de vastes migrations qui ont dépeuplé les montagnes (les Alpes du Sud, le Massif central, les Pyrénées ont perdu de 60 à 70 p. 100 de leur population depuis 1840), les régions de sol ingrat, comme les Landes, les campagnes isolées, comme celles du bassin d’Aquitaine ou du sud-est du Bassin parisien: la Haute-Marne a perdu 25 p. 100 de sa population entre 1861 et 1966, ainsi que la Côte-d’Or et la Meuse. Même les régions fertiles et riches, comme la Beauce, ne réussissent pas à retenir beaucoup d’hommes (25 hab./km2), car elles se composent de grands domaines dont l’exploitation est fortement mécanisée.

Les recensements de 1982 et 1990 ont montré que la population se déplace en circuit fermé à l’intérieur de l’Hexagone et décrit un mouvement du nord vers le sud. Les soldes migratoires positifs les plus marqués se rencontrent en Provence-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. Les régions de l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes) connaissent également plus d’arrivées que de départs. Les départs se font essentiellement d’une zone nord-est qui couvre la Picardie, le Nord - Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne, le Haut-Rhin et le Doubs où l’émigration a fait perdre plus de 0,3 p. 100 de la population. Ce phénomène poursuit celui qui a été amorcé entre 1968 et 1975. L’Île-de-France est redevenue la région la plus attractive, après un léger ralentissement entre 1975 et 1982; elle a repris sa marche ascendante depuis 1982 (+ 5,8 p. 100 entre 1982 et 1990, contre 4,2 p. 100 pour l’ensemble de la France). En revanche, la ville de Paris détient le record du déficit migratoire: elle a perdu près d’un tiers de sa population par rapport à son maximum qui était de 3 millions entre les deux guerres. Plus des quatre cinquièmes des villes de 100 000 habitants ont également perdu une partie de leur population entre 1975 et 1990: dix d’entre elles avaient déjà vu se réduire leur population entre 1968 et 1975. Ces chiffres ne doivent pas faire illusion: ce sont les villes qui diminuent, mais tout autour d’elles s’étendent de plus en plus loin des banlieues tentaculaires, et même, au-delà, la périurbanisation (implantations de citadins hors des limites reconnues des agglomérations) gagne du terrain. Mais le cœur urbain demeure le siège des activités les plus nombreuses et les plus variées; elles drainent quotidiennement un flux de migrants «pendulaire». À Paris, le nombre des migrants quotidiens est passé de 100 000 en 1901 à 1 200 000 dès 1969, soit plus d’un actif sur quatre. Ensuite vient la région du Nord, où 34 p. 100 des actifs sont des migrants. Parmi les déplacements de population, il faut mentionner les travailleurs saisonniers qui fournissent un appoint de main-d’œuvre agricole au moment des récoltes.

Ainsi, la répartition de la population n’est ni définitive ni immuable au cours de l’année. Les déplacements saisonniers deviennent de plus en plus fréquents et de plus en plus amples, puisque 30 millions de Français prennent chaque année des vacances; cela entraîne la création de stations sur le littoral ou en haute montagne. En outre, il faut rappeler que la France détient le record mondial pour la proportion des résidences secondaires et que l’automobile est largement diffusée dans deux ménages sur trois.

Il est difficile d’évaluer exactement le niveau de vie relatif d’une population. Les estimations faites pour la France montrent que la part de produit intérieur brut par habitant dont disposaient les Français en 1990 est classée au douzième rang dans le monde. L’éventail social s’est resserré: le revenu moyen des ménages, qui était, dans les années 1960, neuf fois plus élevé pour la catégorie des cadres supérieurs que pour celle des exploitants agricoles les plus défavorisés, est passé à 2,3 fois.

2. La vie économique

La population active qui plafonnait depuis le début du siècle autour de 20 millions de personnes a connu une brusque expansion et a dépassé 24 500 000 en 1990. Cela est dû au baby-boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, à l’immigration de nombreux étrangers, à la multiplication du travail féminin (+ 2,3 p. 100 par an depuis 1968). Comme, au même moment, la productivité connaissait un brillant essor, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté, et on est passé d’une pénurie de travailleurs à un excédent qui semble difficile à absorber par des solutions classiques, car le phénomène est général. Malgré la création de quelque 3 millions d’emplois depuis 1975, on compte près de 3 millions de chômeurs officiellement inscrits en 1992, ce qui correspond à un taux de chômage de 10,8 p. 100.

L’économie de la France est relativement équilibrée. L’agriculture y tient une place encore importante, mais le secteur primaire qui a pendant longtemps occupé une part relativement forte des actifs (38 p. 100 en 1926, 26,6 p. 100 en 1954) n’en emploie plus que 6 p. 100 en 1990. De 1970 à 1991, la baisse des effectifs s’est poursuivie à un rythme rapide. Au cours de la même période, les effectifs dans l’industrie ont diminué de 1 500 000 personnes; celle-ci fournissait 38,6 p. 100 des emplois en 1970, 30 p. 100 en 1990. Par contre, les emplois du secteur tertiaire se sont fortement accrus (+ 23,4 p. 100), et leur proportion est passée de 47,9 à 60 p. 100 du total des emplois. Cet accroissement du tertiaire a été le plus important de l’Europe des Dix. Grâce à lui – et malgré la baisse de l’emploi industriel –, on a pu enregistrer un progrès dans la population active, mais insuffisant pour faire face aux importants contingents de jeunes qui se sont présentés.

L’industrialisation a souffert d’un véritable retard, dû à une structure en partie archaïque. La petite taille des entreprises, le nombre de travailleurs indépendants par rapport aux salariés traduisaient l’existence d’un grand nombre d’exploitations agricoles familiales, de petits commerces, d’artisans, héritage du caractère individualiste des Français, de la persistance des traditions et de la relative faiblesse des moyens financiers. Il en résultait une production variée, mais des prix de revient élevés, faute de standardisation et de rationalisation. L’investissement productif demeurait également trop faible, ainsi que la productivité. Mais, depuis les années 1970, les progrès ont été importants, et la situation s’est progressivement modifiée.

Les caractères originaux mais «archaïques» de l’économie française ont été bouleversés par un certain nombre de faits nouveaux. Le premier est l’intervention de l’État qui, commencée avant la guerre (S.N.C.F.), s’affirme dès 1946, tout d’abord par la nationalisation qui met sous sa dépendance les grands secteurs de base de l’économie. Sous le gouvernement du général de Gaulle, l’énergie (charbonnage, électricité, gaz, énergie atomique), le financement (avec la nationalisation des quatre plus grandes banques), les transports (après la S.N.C.F., la Compagnie générale transatlantique, Air France) et, sporadiquement, certains secteurs de l’industrie (Renault, Snecma) sont touchés. Ces nationalisations permettent aux capitaux publics d’intervenir dans l’orientation économique, d’autant plus que la planification, également instaurée à cette époque, permet d’orienter l’action, sinon de la diriger. Cette planification française est légère et souple, «indicative»: elle peut agir par le biais des financements, des subventions, des commandes, de la participation à la recherche. Au départ, les plans avaient pour objet la modernisation et le rattrapage des retards pris en raison de la guerre; mais, dès le IVe plan (1962), apparaît l’aspect social. À mesure que s’écoulent les périodes quinquennales qu’ils encadrent, les plans se transforment et s’adaptent, mais, s’ils ne sont plus une «ardente obligation», ils ne sont pas sans exercer une influence qui finira par se manifester sous forme de contrat d’association État-régions. C’est aux mêmes préoccupations que répond la politique de l’aménagement du territoire ; entreprise dès 1950, plus activement surtout depuis 1955, et qui s’est efforcée de remédier aux inégalités régionales, notamment par la politique de décentralisation industrielle appliquée à la région parisienne, par l’implantation de nouvelles industries, principalement dans les régions de l’Ouest et du Sud-Ouest, par le réaménagement des anciennes régions industrielles, telles que les bassins houillers, par les efforts faits pour moderniser les secteurs agricoles.

À ces dispositions générales il faut ajouter des conditions particulières auxquelles la France a été soumise dans le cadre du Marché commun, progressivement mis en place à partir de la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (C.E.C.A.) en 1951. Placée dans ces conditions, l’économie française a fait de rapides progrès, se classant en tête des pays européens pour la valeur de la production agricole, au quatrième rang dans le monde pour la valeur des échanges commerciaux, au cinquième rang pour la production industrielle.

L’agriculture

Les milieux naturels sont très favorables à l’agriculture: bons sols, climats tempérés et variés, vastes étendues de plaines. Joints à la forte tradition paysanne, attachant solidement l’homme à sa terre, ils expliquent la longue persistance d’une population rurale nombreuse. Pourtant, en un siècle, les effectifs ont fondu de plus des deux tiers, et le recul a été rapide ces dernières années avec une diminution de 460 000 actifs agricoles entre 1979 et 1988.

Le nombre des salariés agricoles diminue proportionnellement beaucoup plus rapidement que celui des exploitants. Le nombre des exploitations décroît rapidement, de l’ordre de 2,5 p. 100 par an entre 1970 et 1988. Au dernier recensement agricole de 1988, les exploitations de plus d’un hectare étaient au nombre de 1 076 755 (70 p. 100 d’entre elles comptaient au moins un actif à temps complet). Ce sont surtout les petites exploitations qui disparaissent, et la taille moyenne s’accroît: elle est passée de 15,9 hectares par exploitation en 1963 à 28,1 en 1988.

En 1988, les exploitations de 10 à 20 hectares sont encore nombreuses (16 p. 100 du total) pour seulement 8,5 p. 100 de la surface agricole utile (S.A.U.), alors que les exploitations de plus de 50 hectares avec 17 p. 100 du nombre occupent 54 p. 100 de la S.A.U. Les exploitations de plus de 100 hectares détiennent à elles seules 23,7 p. 100 de la S.A.U. Ces dernières sont pour l’essentiel consacrées aux grandes cultures qui, à part les betteraves, sont touchées par la réforme de la politique agricole commune de 1992, avec baisse des prix, jachère obligatoire et indemnités compensatoires (céréales, oléagineux, protéagineux). Les exploitations d’élevage sont également touchées en ce qui concerne la viande bovine et ovine dont la baisse des prix sera compensée par des primes. Par contre, les exploitations laitières subissent des quotas de production depuis 1984.

La production agricole a représenté, en 1990, 3,6 p. 100 du produit intérieur brut marchand (P.I.B.), et les industries agricoles et alimentaires 3,2 p. 100. Le poids de l’agroalimentaire dans l’économie nationale est désormais inférieur à 7 p. 100, contre 11,4 p. 100 en 1970.

L’ensemble des productions végétales représentait en 1990 environ 54,6 p. 100 de la valeur totale, alors que le reste, soit 45,4 p. 100, est dû à la production animale. En 1970, cette répartition était de 46 p. 100 en production végétale et de 54 p. 100 en production animale.

Modes d’exploitation

La répartition de la superficie agricole a beaucoup varié depuis un siècle. Au recensement de 1988, elle comprend 9 103 300 hectares de surfaces consacrées aux céréales, 4 403 600 de surfaces fourragères et 4 874 800 d’autres cultures. Les prairies et pâturages permanents couvrent 10 246 100 hectares, les vignes et vergers 1 328 000 hectares, soit au total 28 595 800 hectares constituant 31 p. 100 de la S.A.U. du Marché commun et, par actif agricole, une superficie de 20 hectares. Il faut ajouter 14 810 000 hectares de bois et de forêts.

Entre 1979 et 1988, le vignoble a diminué de 13 p. 100, et 1,5 million d’hectares de prairies permanentes ont disparu, alors que les terres labourables s’accroissent de 0,5 million d’hectares. La S.A.U. totale a reculé de 0,9 million d’hectares, soit environ de 100 000 hectares par an.

On compte également 3 390 000 hectares de terres agricoles non cultivées qui sont parfois des friches, c’est-à-dire d’anciens champs abandonnés, dont la superficie, qui ne s’est pas accrue durant cette période, est susceptible d’augmenter dans l’avenir. Au total, la superficie des exploitations agricoles est d’environ 32 millions d’hectares. Théoriquement, on distingue trois systèmes principaux d’exploitation de la terre: le fairevaloir direct n’est plus prédominant en 1990 (43 p. 100 de la S.A.U., contre 52 p. 100 en 1970), car il est dépassé par le fermage (56 p. 100 de la S.A.U., contre 46 p. 100 en 1970), alors que le métayage ne compte que pour 1 p. 100 de la S.A.U. (contre 2 p. 100 en 1970), mais il ne faut pas accorder trop de valeur à ces proportions, car nombre d’exploitants travaillent à la fois des terres qui leur appartiennent et une partie, souvent beaucoup plus considérable, qui est louée à des propriétaires ruraux citadins. Les petites exploitations (moins de 20 ha) sont surtout répandues dans le sud de la France (depuis la région lyonnaise jusqu’au Midi méditerranéen): superficie moyenne des exploitations en Languedoc (14,8 ha), en Provence (14,8), mais aussi en Bretagne (18,9) et en Alsace (14,6). Au contraire, le Bassin parisien est le domaine des grandes exploitations. La superficie moyenne par exploitation est de 51 hectares dans le Centre, de 46 hectares en Champagne-Ardenne et de 58 hectares en Picardie.

La variété des paysages ruraux ajoute encore à ces oppositions entre les différentes régions agricoles françaises: dans tout le Nord-Ouest et, sporadiquement, dans le bassin d’Aquitaine prédomine le «bocage», où l’herbe et l’arbre sont étroitement mêlés; des haies, des boqueteaux, des morceaux de forêt, des pommiers de plein vent parsèment de verdure le paysage. Au bocage s’opposent les champs ouverts (open-field ) dont le type le plus caractéristique se rencontre en Lorraine, et qui sont aussi l’apanage de la Picardie et du centre du Bassin parisien, où un remembrement prolongé a favorisé la formation de grandes pièces de terre sans clôtures; cet open-field s’accompagne de villages groupés; il était lié à des obligations communautaires aujourd’hui disparues. Dans les montagnes, surtout dans le Massif central, les champs sont fréquemment clos de petits murs en pierre sèche; lorsqu’on arrive au versant méditerranéen, des terrasses découpent les pentes montagneuses en une série de gigantesques gradins, souvent abandonnés maintenant, qui dominent les plaines irriguées. Une seule région française connaît la monoculture, le Languedoc, où le vignoble est omniprésent: des efforts récents d’aménagement (irrigation grâce aux eaux du canal bas Rhône) ont favorisé un important arrachage de vignes associé à la restructuration du vignoble, grâce aux subventions de la Communauté européenne, et permis d’introduire la culture du maïs, les vergers fruitiers, les cultures maraîchères. Les anciennes régions humides ont été drainées et présentent à l’heure actuelle un paysage géométrique de canaux perpendiculaires découpant des polders (Flandre maritime, ancien marais vendéen).

Cependant, la spécialisation régionale est de plus en plus poussée: le blé, dans le Bassin parisien et le Nord; 41 p. 100 de la surface cultivée en pommes de terre se trouve en Picardie et dans le Nord - Pas-de-Calais; 44 p. 100 du cheptel des porcs est élevé en Bretagne où la taille moyenne des élevages est passé de 110 à 260 porcs de 1979 à 1988.

Évolution de la production

Dans le bilan économique de la valeur des produits agricoles, on constate un essor des produits végétaux par rapport à l’élevage.

Les céréales occupent la première place parmi l’ensemble des cultures, et leur proportion va croissant. Le blé est la grande culture classique, dont la superficie diminue, mais dont les rendements ont fortement augmenté (17 quintaux à l’hectare avant la guerre et 66 quintaux en 1990). La production dépasse les 30 millions de tonnes (31 400 000 t en 1990). Elle a plus que quadruplé par rapport à 1946. La France est de loin le premier producteur de la Communauté économique européenne (C.E.E.) avec 40 p. 100 de la production européenne totale et 6 p. 100 de la production mondiale. Il est difficile d’écouler la récolte, qui doit être en partie exportée. Le maïs est passé de 211 000 tonnes en 1946 à 13 300 000 tonnes en 1989. Il est particulièrement utilisé pour la nourriture du bétail; il était naguère cultivé surtout en Aquitaine et dans les plaines de la Saône, mais de nouveaux hybrides ont permis d’en étendre la culture à l’ensemble du territoire.

L’orge est également en progrès; elle est essentiellement cultivée dans l’Est, et sa production (10 020 000 t en 1990; 6,4 p. 100 de la production mondiale; 5e rang) est dix fois plus élevée qu’avant la Seconde Guerre mondiale. Au contraire, l’avoine (875 000 t en 1990) et le seigle (248 000 t) sont en net déclin. L’avoine a reculé de moitié depuis 1946, et la France ne se place plus qu’au sixième rang mondial avec 4,1 p. 100 de la production.

Le riz est une innovation récente; introduit en Camargue depuis la Seconde Guerre mondiale, il a satisfait jusqu’à la moitié des besoins de la consommation française grâce à des rizières très modernes, à haut rendement (au maximum 91 000 t en 1968) mais, depuis lors, il subit un déclin.

Au total, les céréales, qui occupent 9 millions d’hectares, soit 30 p. 100 de la S.A.U., fournissent plus de 17 p. 100 de la valeur de la production agricole. Elles ont été stimulées par la croissance de la demande mondiale et par la garantie des prix dans le Marché commun.

La viticulture occupe évidemment une place de premier plan: jusqu’en 1973, la France fut le premier producteur mondial, mais elle est maintenant, certaines années, classée derrière l’Italie. Après plus de 60 millions d’hectolitres en moyenne, sa production représente plus de 20 p. 100 de la production mondiale. Le Midi méditerranéen assure la moitié de la production d’un vin de qualité inégale; les vignobles les plus réputés sont ceux de Bourgogne, de Bordeaux, de Champagne, d’Alsace, des pays de la Loire; le vin assure 15 p. 100 de la production agricole. Il donne lieu – surtout les produits de qualité – à une exportation importante (surtout le bordeaux et le champagne). On peut encore citer les pommes de terre (avec 6 480 000 t) en recul, les plantes industrielles: la betterave à sucre, le tabac qui est un monopole d’État, le houblon, le lin, le chanvre, le colza. La betterave à sucre a connu une forte augmentation de sa production qui a presque quintuplé depuis 1946 (29 280 000 t en 1991, 30 p. 100 de la production de sucre de betterave de l’Europe des Douze). Cette augmentation permet la fabrication de plus de 4 millions de tonnes de sucre (deuxième rang mondial, après l’ex-U.R.S.S.). La France est un important exportateur de sucre avec 2,8 millions de tonnes et, grâce à elle, la C.E.E. tient la première place avec 49 p. 100 du marché du sucre blanc. La France vient au troisième rang dans l’Europe des Douze pour la production des légumes frais, après l’Italie et l’Espagne avec 5 300 000 tonnes en 1991, et au quatrième rang pour la production de fruits de table (après les deux pays précédents et la Grèce) avec 3 400 000 tonnes en 1990. Les fruits et légumes contribuent pour 14,3 p. 100 à la valeur de la production agricole.

La part des produits animaux dans la valeur de la production reste prépondérante. Le cheptel comprend 21 millions de bovins en 1991, en légère baisse (23 millions en 1979) par suite de l’introduction des quotas laitiers, 11 millions d’ovins, également en diminution (13 millions en 1979) par suite de la baisse du prix de la viande, 12 millions de porcins avec une légère tendance à l’augmentation.

Les besoins nationaux en viande ovine et porcine ne sont pas couverts, alors que la production de viande bovine est largement excédentaire. Ainsi, les élevages de plus de 1 000 porcins, soit 1,8 p. 100 des exploitations, détiennent 35 p. 100 du cheptel, et les élevages de plus de 4 000 porcins, soit 7 p. 100, détiennent 76 p. 100 du cheptel. La production de lait est passée de 258 millions d’hectolitres en 1970 à plus de 320 dans les années 1980, puis a diminué à partir de 1984, année d’instauration des quotas, pour atteindre 300 millions d’hectolitres en 1991, dont 226 font l’objet d’une collecte. En 1991, le lait assure 15 p. 100 de la valeur de la production agricole totale, contre 26 p. 100 pour la viande. Dans cette catégorie se trouve les volailles, pour près de 6 p. 100, en forte augmentation, ce qui fait de la France un gros exportateur (600 000 t en 1991).

L’agriculture française est donc en pleine évolution. Si, à la fin des années 1960, on estimait que la proportion des agriculteurs était encore trop élevée, d’après les augures du Marché commun, la position actuelle est beaucoup plus nuancée. En effet, cette proportion a fortement diminué: on comptait, en 1988, 1 400 000 U.T.A. (unité de travail annuel, quantité de travail annuel d’une personne à plein temps), dont 216 000 salariés, contre 1 870 000 en 1979, dont 282 000 salariés. Cette population est âgée, puisque 45 p. 100 des exploitants ont plus de 55 ans. Toutefois, la proportion des exploitants de moins de 35 ans a augmenté entre 1979 et 1988, puisqu’elle est passée de 10,6 à 13 p. 100. Grâce à l’indemnité viagère de départ (I.V.D.) et aux aides à l’installation des jeunes agriculteurs, une restructuration, favorable à un meilleur équilibre de la pyramide des âges, a pu être conduite. Elle se poursuit par la création récente de la préretraite pour les agriculteurs de plus de 55 ans, qui ne sera efficace que si l’effort consenti en faveur des jeunes est maintenu, sinon renforcé, pour amener un renouvellement suffisant. Pour sauvegarder le caractère familial de l’exploitation agricole et éviter la spéculation foncière, l’État a créé les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (S.A.F.E.R.) qui ont un droit prioritaire d’achat sur les terres qu’elles revendent aux agriculteurs. Les G.A.E.C. (groupement agricole d’exploitation en commun) ont également été encouragés ainsi que la constitution de E.A.R.L. (entreprise agricole à responsabilité limitée). Ces initiatives s’inscrivent dans une politique plus vaste de développement rural tendant à assurer une bonne répartition des exploitations agricoles sur le territoire, afin de leur permettre, outre l’activité économique de production, l’entretien et l’amélioration de l’espace rural.

Le remembrement est largement pratiqué dans tout le nord de la France, le Bassin parisien, la Bretagne; la France du Sud accuse un net retard. Au total, il concerne 14 millions d’hectares en 1991, contre 7 millions en 1970, alors que les besoins sont évalués à 18 millions d’hectares. Malgré les progrès de la mécanisation (le nombre de tracteurs a presque doublé depuis 1960: 1 500 000, soit plus d’un par exploitation), l’équipement reste inférieur à celui des autres pays du Marché commun (Allemagne, Belgique), sauf l’Italie. Pourtant, dans certains cas, il existe un suréquipement mécanique par rapport à la taille des exploitations. En outre, on s’efforce de remédier à la vétusté de l’habitat rural et au manque d’équipement, et de promouvoir une politique de «villages centres». L’enseignement technique agricole et la formation des agriculteurs, malgré de notables progrès, se révèlent encore insuffisants. Mais c’est dans le domaine économique que l’agriculture connaît ses plus graves difficultés: l’organisation des circuits commerciaux agricoles est peu satisfaisante; le développement récent du rôle des coopératives de différentes formules devrait s’intensifier. Avec la réforme de la politique agricole commune de 1992, les prix de certains produits baissent (céréales, viande bovine) ou sont alignés sur les prix mondiaux (oléagineux). Les producteurs reçoivent des primes compensatoires à l’hectare ou par tête de bétail. Un certain transfert de charges se réalise donc du consommateur vers le contribuable. En revanche, d’autres produits comme la viande porcine, le vin et les fruits et légumes sont soutenus. Ils souffrent épisodiquement de crises difficiles. Cette production européenne importante rend nécessaire une politique d’exportation. Un actif agricole nourrit actuellement 40 personnes (contre 5 en 1945). Le revenu moyen agricole est encore inférieur à celui de la moyenne des salariés. Mais cette moyenne cache une grande diversité car elle intègre des agriculteurs à temps partiel. Le revenu des agriculteurs à temps plein est comparable à celui des autres catégories sociales.

L’agro-alimentaire, y compris les industries de transformation, a donc connu un essor important. Il représente 11 p. 100 des importations et 16 p. 100 des exportations françaises en 1991. Déficitaire jusqu’en 1968, la balance commerciale française des produits agricoles et alimentaires est devenue excédentaire au cours des années 1970. Le solde excédentaire était de 52 milliards en 1990 et de 45 milliards en 1991. Les échanges se concentrent sur la C.E.E. qui fournit 66 p. 100 de nos importations et reçoit 73 p. 100 de nos exportations. L’agro-alimentaire est un des rares secteurs où le commerce français est en excédent. C’est donc à juste titre que les agriculteurs demandent une meilleure répartition des résultats obtenus grâce à leurs efforts et protestent contre la politique internationale qui semble les défavoriser.

La vie industrielle

Insuffisance des sources d’énergie

Le développement de l’industrie française a été longtemps gêné par le manque de sources d’énergie classiques. En 1991, la production reste deux fois inférieure à la consommation; pourtant, le taux d’indépendance en matière d’approvisionnement est passé de 22,9 p. 100 en 1976 à 45 p. 100 en 1991. La France consomme 9 p. 100 de charbon (contre 74 p. 100 dans les années 1950), environ 55 p. 100 de pétrole et de gaz naturel (contre 18 p. 100) et 36 p. 100 d’électricité (contre 8 p. 100).

La production de charbon est tombée à un niveau très bas, cinq fois inférieur à celui d’avant guerre (10 500 000 t en 1991). La production du bassin du Nord - Pas-de-Calais a diminué, puis cessé au début de 1992; le bassin lorrain reste le plus important (8 300 000 t); de petits gisements autour du Massif central (Decazeville, Carmaux...), ou dans le Midi (Gardanne) fournissent un peu plus de 3 millions de tonnes. Les conditions d’extraction étaient devenues très difficiles et n’a été conservé que le bassin de Lorraine, car il possède des veines épaisses et régulières ainsi que des réserves importantes, et de petits gisements exploités à ciel ouvert. L’amélioration des moyens techniques et l’abandon des gisements médiocres ont permis d’obtenir de meilleurs rendements. Le record, en Lorraine, atteint 6 046 kilogrammes par homme et par jour. Cependant, le charbon importé se révèle meilleur marché. La France est le second importateur mondial: 21 millions de tonnes en 1990, dont plus d’un tiers proviennent des États-Unis. Le pétrole et le gaz naturel représentent encore 55 p. 100 de l’énergie utilisée. Pour le pétrole, la production française est faible (3 368 000 t) et essentiellement localisée dans le sud-est du Bassin parisien. Mais les sociétés pétrolières françaises participent à une production de 49 millions de tonnes, principalement au Moyen-Orient. En 1991, on a importé 73 millions de tonnes de brut, dont 43 p. 100 du Moyen-Orient (surtout de l’Arabie Saoudite, 20,6 p. 100), 28,6 p. 100 d’Afrique, 14 p. 100 de la mer du Nord, 8 p. 100 de l’ex-U.R.S.S. La capacité des raffineries françaises a baissé avec la crise pétrolière: de 269 000 000 tonnes à la fin de 1981 à 84 600 000 tonnes en 1991, passant de la cinquième à la dixième place mondiale. Les deux plus grandes concentrations sont sur la basse Seine et autour de Marseille, avec environ 30 p. 100 pour chacune. La mise en place de puissants oléoducs, dont celui du Sud européen reliant Fos à l’Allemagne, a permis l’installation de raffineries dans l’intérieur du pays.

Pour le gaz naturel, la production française (3 milliards de mètres cubes) provient essentiellement du gisement de Lacq, mais les réserves seront épuisées à la fin du siècle, et la production baisse. Plus des trois quarts du gaz consommé sont importés: plus d’un tiers d’ex-U.R.S.S., puis d’Algérie, de la mer du Nord, des Pays-Bas. Quant à l’électricité, sa production a pris un essor fulgurant et, malgré la crise, elle continue de progresser: elle a atteint, en 1991, 419 219 millions de kilowattheures; elle le doit à la politique de développement de l’énergie d’origine nucléaire qui, avec 314 millions de kilowattheures et une puissance installée de 55 873 mégawatts, soit 17 p. 100 du total mondial, se place au deuxième rang dans le monde, immédiatement après les États-Unis. La production d’électricité classique thermique provient pour 27 p. 100 de la région du Nord, pour 29 p. 100 des centrales de la région parisienne et pour 16 p. 100 de l’Est. Quant aux grandes centrales de production hydraulique, elles sont surtout concentrées dans la région alpine et rhodanienne (plus de la moitié), dans le nord-ouest du Massif central (un cinquième), en Alsace et dans les Pyrénées centrales.

On cherche également à promouvoir les énergies nouvelles (qui ne couvrent pour le moment que 2 p. 100 des besoins de la consommation française). L’accent est mis sur la géothermie, le solaire et la biomasse.

Variété de la production et des structures industrielles

L’industrie occupe un peu plus de 5 millions de personnes (soit 22,7 100 des emplois), les industries de biens d’équipement intermédiaires et de consommation 3 858 000 personnes; le bâtiment et les travaux publics 1 638 468. L’industrie assure environ 40 p. 100 de la valeur de la production nationale et les neuf dixièmes de l’exportation. Les petites et moyennes entreprises sont très nombreuses (170 000). Moins de mille entreprises seulement emploient plus de 500 salariés et réalisent plus des deux tiers du chiffre d’affaires de tout le secteur industriel. Tous les types d’établissements sont représentés en France, mais il en existe peu de grande dimension. 800 000 salariés environ travaillent dans des entreprises appartenant à des étrangers.

De même, la répartition est extrêmement dispersée: aux régions d’industrie classique, fondées souvent sur le charbon (comme la région du Nord, celle de la Lorraine septentrionale ou du Massif central oriental) ou sur les grandes concentrations urbaines (région parisienne, basse Seine, région lyonnaise) s’ajoutent des centres aux traditions artisanales anciennes (Reims, Amiens, certaines villes de la plaine d’Alsace, Mazamet) et de nouvelles implantations liées à la planification, à l’aménagement du territoire (décentralisation industrielle vers Rennes, Le Mans, Toulouse; développement de l’industrie autour du gaz naturel de Lacq; utilisation de l’énergie hydro-électrique dans les Alpes du Nord; industrialisation de la région portuaire marseillaise). La politique de la décentralisation industrielle en particulier, menée activement à la suite des décrets de 1955, a touché beaucoup d’entreprises de la région parisienne et favorisé l’essor de nombreuses villes, petites et moyennes, du Bassin parisien. Enfin, l’industrie française se caractérise également par l’extrême variété de sa production et de ses structures. Cependant, malgré la multiplication de fusions récentes importantes dans la sidérurgie, la chimie et même le textile, beaucoup de structures sont encore incapables de lutter contre la concurrence internationale plus concentrée. Après un rapide essor jusque dans les années 1970 (plus du triplement de la production d’avant guerre), la production industrielle est stagnante: l’indice est passé de 100 en 1970 à 135 en 1979 et à 128 en 1982. La crise touche les branches traditionnelles (sidérurgie, textile, automobile, chimie lourde) mais aussi les branches modernes (fibres synthétiques, industrie de l’armement, etc.). Par contre, la construction aéronautique, les matériels de communication, la parachimie-pharmacie résistent mieux. Au total, dans l’industrie des biens d’équipement, des biens intermédiaires et des biens de consommation, 70 p. 100 des emplois produisent à des coûts compétitifs sur les marchés extérieurs.

La France doit importer une partie considérable de ses matières premières industrielles; cependant, elle disposait de deux ressources importantes: le minerai de fer (2 590 000 t de fer contenu en 1991, provenant du bassin lorrain) et la bauxite (500 000 t). Ces deux ressources sont en diminution en raison d’une augmentation des coûts (la teneur de la minette lorraine ne dépasse pas 35 p. 100), ce qui a entraîné un accroissement des importations, plus avantageuses, par minéraliers géants du Brésil, de l’Australie, de Mauritanie, du Canada. La sidérurgie a produit 14 415 000 tonnes de fonte et 19 016 000 tonnes d’acier en 1991. La France se place ainsi respectivement au sixième et au neuvième rang mondial. Elle est intégrée depuis 1951 à la C.E.C.A. Cette industrie a été frappée par une très grave crise au milieu des années 1970: affaiblissement de la demande générale, concurrence de nouveaux producteurs mieux équipés, productivité nettement insuffisante (en 1974, année record pour la production, la France occupait le dernier rang en Europe pour la productivité) avec pour conséquence une baisse de la production. 120 00 emplois ont été supprimés chaque année entre 1973 et 1980, soit le tiers des effectifs qui sont maintenant inférieur à 53 600 personnes. L’État a dû entreprendre la restructuration des groupes sidérurgiques au prix de licenciements massifs. En 1981, il a nationalisé les deux groupes les plus importants: Usinor et Sacilor. La Lorraine ne fournit plus que 27 p. 100 de la production d’acier, contre 65 p. 100 en 1960. Cette région a particulièrement souffert de la réduction des emplois qui ont diminué de moitié entre 1975 et 1980. Par contre, la part du Nord s’est accrue, passant de 30 p. 100 en 1960 à 35 p. 100 en 1991. Aux unités anciennes, sous-productrices, s’opposent les complexes modernes et plus performants de Fos, Dunkerque et Neuves-Maisons.

L’aluminium se porte mieux. Une société unique Pechiney-Ugine-Kuhlmann (numéro trois mondial) produit 325 000 tonnes dans les Alpes du Nord, les Pyrénées ariégeoises et le voisinage de Lacq. Mais la recherche d’un kilowattheure meilleur marché l’a conduite à installer de nouvelles usines à Dunkerque et à l’étranger où elle réalise plus de la moitié de sa production.

Les industries mécaniques et transformatrices de métaux sont les sixièmes du monde pour la production et, en France, les premières pour l’exportation. La métallurgie de transformation, qui emploie 36 p. 100 de la main-d’œuvre, est la plus importante des industries françaises; elle est très dispersée, et sa prospérité actuelle repose surtout sur la construction automobile qui occupe directement 200 000 ouvriers et a produit, en 1991, 3 215 000 voitures et 553 000 camions. Cela fait de la France le quatrième producteur mondial et le troisième pour l’exportation (plus d’un véhicule sur deux est exporté). On estime que cette branche fait vivre 1 million et demi de personnes et que l’ensemble des recettes provenant de l’automobile est égal au montant de l’impôt sur le revenu. Le premier producteur est la société nationalisée Renault (4e constructeur mondial), puis vient Peugeot, qui a absorbé Citroën et racheté les filiales européennes du groupe Chrysler (7e constructeur mondial), Renault Véhicules Industriels regroupe Berliet et Saviem. La concentration des entreprises a été massive depuis la guerre, tandis que la localisation géographique de la production s’est diversifiée: la région parisienne garde sa prééminence, avec la moitié des effectifs; mais il faut noter le développement de Sochaux-Montbéliard avec Peugeot, de Rennes et Caen avec Citroën, du Mans, d’Orléans et du Havre avec Renault, de La Rochelle avec Simca. Le Nord (Douai, Valenciennes, Maubeuge) ainsi que la Lorraine ont également accueilli des usines. Ford s’est implanté à Bordeaux. Cette industrie connaît des problèmes récents liés à la saturation partielle du marché et surtout à la pénétration étrangère qui a atteint 30 p. 100 du marché en 1982: concurrents européens traditionnels mais également japonais (leur part a été limitée à 3 p. 100 du marché) et américains. Pour stimuler les exportations, Renault se lance à la conquête du marché américain et s’allie avec Volvo.

La construction aéronautique et aérospatiale est devenue la troisième du monde. Elle produit des appareils remarquables par leurs qualités techniques (Caravelle, Mirage, Concorde, Airbus). 60 p. 100 de la production nationale sont exportés et concurrencent l’industrie américaine. Les entreprises sont toutes placées sous le contrôle direct de l’État: S.N.I.A.S., S.N.E.C.M.A. et, plus récemment, Dassault et Matra. Cette industrie occupe 110 000 personnes. La région parisienne en détient encore 50 p. 100, mais l’expansion s’est faite vers l’ouest et le sud-ouest, surtout vers Toulouse et Bordeaux. La collaboration avec les autres États européens s’est développée pour la fabrication de l’Airbus et, dans le domaine spatial, pour la mise au point du programme Ariane.

Les constructions navales, après avoir connu depuis la période d’avant guerre une notable expansion (décuplement du tonnage construit: pétroliers, minéraliers géants), ont été fortement touchées par la concurrence internationale, et leur activité s’est considérablement ralentie. Les chantiers ont été progressivement concentrés, puis fermés, ne laissant subsister que les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, largement subventionnés par l’État, qui sont réputés pour leurs paquebots et leurs minéraliers géants. Le sort de La Ciotat est encore indécis.

Deuxième industrie française après la mécanique pour la valeur de la production et troisième industrie exportatrice, l’industrie chimique, qui emploie 600 000 travailleurs (y compris les activités annexes), fait preuve d’une croissance soutenue. Quelques sociétés dominent l’ensemble: Rhône-Poulenc, charbonnages de France-Chimie, Elf-Aquitaine, l’Air liquide. Cette industrie a été restructurée en 1982, et P.U.K. a abandonné le secteur de la chimie. La chimie de base (surtout organique avec la carbochimie et la pétrochimie) emploie environ le quart des effectifs. La pharmarcie et les parfums constituent un secteur particulièrement dynamique à l’exportation. L’industrie des engrais traverse une grave crise. Celle du pneumatique est dominée par Michelin, qui occupe le premier rang mondial. La dispersion est assez marquée, mais les principales concentrations se trouvent autour des grands ports (basse Seine, Marseille-Berre, Bordeaux), des bassins houillers (carbochimie du Nord et de la Lorraine), des grandes villes (Paris, Lyon), des sources d’énergie modernes (Alpes du Nord et Pyrénées centrales avec l’électrochimie, Lacq avec le gaz naturel et le soufre) et, enfin, auprès de certaines ressources naturelles (potasses d’Alsace, sel gemme de Lorraine, sel marin du bas Rhône).

Les industries textiles sont la plus ancienne des activités industrielles de la France; elles connaissent de très grandes difficultés. Elles exportent de moins en moins (le solde commercial est devenu déficitaire en 1979), alors qu’elles subissent l’invasion de produits étrangers. Malgré les accords multifibres, signés avec différents pays en voie de développement et attribuant des quotas d’importation, le taux de pénétration des produits étrangers n’a cessé de progresser sur le marché français: 23 p. 100 en 1973 et 50 p. 100 en 1982 (fibres chimiques, articles de bonneterie et de confection). La concurrence vient également des États-Unis et de la C.E.E. Aussi le textile-habillement a-t-il perdu 176 000 emplois depuis 1974, et cette tendance va en se renforçant. La situation est particulièrement dramatique pour certaines régions où cette industrie est la seule activité: Aube, Ariège, Vosges. Cette industrie emploie encore environ 400 000 personnes, 11 p. 100 des effectifs industriels, en grande partie des femmes. Les textiles chimiques, dont la production avait décuplé au cours de la décennie 1960-1970, ont perdu depuis lors la moitié de leurs effectifs (10 920 emplois en 1981). La production des industries cotonnières et lainières classiques, qui dépendent pour 95 p. 100 de matières premières importées, est en baisse (170 000 t de filés de coton, 59 400 t de filés de laine en 1991); aussi les régions productrices (Nord, Alsace, Vosges, basse Seine) sont-elles touchées. La région lyonnaise (soie, textiles artificiels et synthétiques) également. La bonneterie traverse une crise aiguë (Roanne, Troyes). L’habillement se porte mieux et s’oriente à l’exportation (la région parisienne rassemble un cinquième des effectifs). Malgré des efforts récents de concentration, les entreprises restent trop morcelées, ce qui réduit considérablement la capacité d’investissement et la modernisation technique nécessaire.

Les industries électrique, électronique et informatique constituent par contre un secteur en forte croissance qui emploie environ 500 000 personnes. La construction électrique occupe quelque 300 000 personnes. L’équipement électrique professionnel se situe au quatrième rang mondial. La moitié du chiffre d’affaires des entreprises (que domine la C.G.E. nationalisée) est réalisée à l’exportation. Cette industrie se localise dans la région parisienne, le Nord et l’Est. L’électroménager est plus dispersé, et sa situation moins brillante. La concurrence étrangère progresse, et le taux de pénétration des importations sur le marché intérieur a dépassé les 40 p. 100. Les industries de l’électronique et de l’informatique se placent au quatrième rang mondial avec 5,8 p. 100 de la production et au deuxième rang pour l’exportation (électronique professionnelle et certaines branches des télécommunications). Thomson-C.S.F. et le groupe Bull se développent face aux filiales des géants américains. Ces industries se concentrent dans la région parisienne et dans les grandes villes de province, dans le Midi et dans l’Ouest.

Les nationalisations, en 1982, de neuf grands groupes industriels employant 900 000 salariés, fournissant 30 p. 100 du chiffre d’affaires de l’industrie française, le tiers des exportations, les trois quarts du potentiel de recherche et constituant le premier ensemble bancaire du monde occidental se voulaient le point de départ d’une nouvelle politique industrielle. Les industries des secteurs de pointe furent particulièrement encouragées: électronique, informatique, bureautique, télématique, robotique, biotechnologie. La création de «filières» (c’est-à-dire tous les maillons de la chaîne production-commercialisation d’un produit) stratégiques complètes permit le développement des technologies d’avenir. L’accent fut mis également sur la reconquête du marché intérieur pour les biens d’équipement (notamment les machines-outils) et de consommation courante (textiles, meubles, cuir, jouets) face à la poussée de la concurrence internationale. Mais les difficultés financières et les pressions politiques obligèrent les gouvernements à recourir de nouveau à la privatisation.

Le développement du tertiaire est une caractéristique essentielle de la vie économique française de ces dernières décennies. Il englobe sous les aspects les plus variés 64 p. 100 des actifs.

Les organismes financiers reflètent étroitement les vicissitudes d’une économie. Ils ont été favorisés, depuis les années 1980, par le gouvernement qui voulait faire de Paris la capitale financière de l’Europe. Après les dix premières banques mondiales qui sont japonaises, on trouve le Crédit agricole français. Le secteur des assurances est également très bien représenté: il emploie quelque 200 000 personnes. La Bourse a connu une vive expansion depuis les années 1980 avec le quadruplement des petits actionnaires. Le rendement financier était tel que les capitaux étaient détournés des investissements productifs. Toutes les formes de commerces sont représentées par environ 2 500 000 personnes, allant de la petite boutique traditionnelle aux plus grands hypermarchés qui se classent par la taille parmi les plus grands d’Europe et même du monde. Les implantations ont quitté le voisinage des cités pour essaimer vers des banlieues plus ou moins lointaines, où le prix relativement bas du sol permet d’associer les grands espaces de vente aux immenses parkings. Toutes les grandes villes françaises en sont dotées. Le tourisme fait vivre directement et indirectement environ 1 million d’actifs. La France est, depuis 1991, le premier pays touristique du monde avec 61 millions de visiteurs en 1992. Toutes ces activités exigent des transports modernes. L’utilisation accrue de la voiture particulière a engendré la multiplication des autoroutes et la vigueur de l’industrie productrice des transports; celle-ci comporte des secteurs de pointe (Caravelle, Concorde, Airbus, T.G.V.). La France, qui a de longues frontières maritimes, n’utilise pas la mer comme elle le pourrait: 50 p. 100 du commerce extérieur en tonnage et un quart en valeur se font par la voie maritime, mais la flotte nationale n’assure guère que 26 p. 100 du trafic, et le déficit atteint 3 à 4 milliards de francs par an. La flotte marchande est au vingt-huitième rang mondial.

Le nombre des navires, les effectifs et les transports effectués ont baissé dans la proportion de 50 p. 100. Un plan de modernisation a été mis en œuvre depuis 1990, mais le statut des marins français coûte trois fois plus cher que sous pavillon économique. Et la multiplication de l’agitation dans les ports détourne le trafic vers les rivaux étrangers. La principale activité des ports français est le trafic des hydrocarbures qui a représenté, en 1991, 146 millions de tonnes sur un total de 305 millions. Tous les trafics sont en régression. Pour les transports de marchandises, Marseille se classe au premier rang avec 89 360 000 tonnes (troisième port européen), Le Havre (57 220 000), Dunkerque (40 737 000), Nantes (25 162 000), Rouen (23 696 000). Pour le trafic des voyageurs, ce sont les ports de la Manche qui sont les plus actifs et en accroissement: Calais (11 546 210 passagers), puis Boulogne (2 732 141), Dunkerque (1 778 156). Le tunnel sous la Manche modifiera sans doute ce classement. Pour la pêche, Boulogne se classe en tête des tonnages (66 000 t), mais Marennes et Guilvinec de même que Lorient le dépassent en valeur.

Le commerce extérieur

En 1991, le déficit du commerce extérieur n’a atteint que 30,2 milliards de francs, contre 49,57 en 1990. Le montant des importations était de 1 297 356 millions de francs, mais celui des exportations de 1 200 513 millions (non compris le matériel de guerre). Ces deux chiffres témoignent à la fois de l’importance relative de cette activité et du déséquilibre qui la caractérise. La France est le quatrième pays pour l’importance de son commerce extérieur, et le quatrième exportateur mondial. Contrairement à une opinion largement répandue, ses parts de marché en ce qui concerne le commerce mondial augmentent: 5,9 p. 100 en 1980, 6,2 p. 100 en 1990. Aux exportations, les biens d’équipement se classent en tête, suivis par les produits agricoles et le secteur agro-alimentaire, les industries chimiques, l’automobile et le matériel de transport ; aux importations, on trouve les produits énergétiques qui arrivent en tête devant les biens d’équipement, les produits chimiques, les produits agricoles. La France est le premier acheteur de produits industriels du monde: le commerce avec la zone franc, qui a représenté jusqu’à près de 30 p. 100 à l’époque de l’empire colonial français, n’atteint plus que 12 p. 100; au contraire, la part de l’Europe croît sans cesse et notamment celle de la Communauté économique européenne, qui représente près de la moitié de la valeur des échanges. Le premier partenaire est l’Allemagne avec laquelle se font 18 p. 100 des échanges, puis l’Italie (11,2 p. 100), l’Union belgo-luxembourgeoise, le Royaume-Uni, les États-Unis. L’économie française a subi de nombreuses transformations depuis le début du XXe siècle. Pendant le premier tiers, elle a connu une stagnation, qui a été suivie par une période de croissance très forte, ce qui a permis à la production industrielle d’être multipliée par quatre et demi. Au cours de cette même période, l’économie est également passée d’un stade de «domination» à un stade de «concurrence». Longtemps liée étroitement à des pays d’outre-mer, vis-à-vis desquels elle se comportait en «métropole», elle se rapproche maintenant de plus en plus de ses voisins, dont la structure et le mode de développement économique sont analogues aux siens.

Les transformations récentes, intervenues dans l’état politique de l’Europe, ont déjà fait sentir leurs premiers effets sur l’économie française. Ils ne peuvent manquer de se développer dans les années à venir.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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